Résonance du mythe d' Isis & Osiris

13/09/2020

Certains mythes nous montrent combien le Masculin a besoin du Féminin pour ses naissances et ses métamorphoses, et combien le Féminin a besoin du Masculin pour se révéler. Ces mythes et légendes, même basés sur un fond de réalité, ne sont que le message de la Vie lancé à l'homme pour accomplir le quaternaire alchimique : crucifixion de l'égo, régénération intérieure (rencontre avec ses ténèbres), unification (fusion de ses polarités), et résurrection purifiée à notre essence véritable. Celui d'Isis & Osiris met en scène la déesse égyptienne, figure rayonnante qui, par sa magie créatrice, sa puissance et son amour, sauve et redonne vie à Osiris, son alter ego. En entrant en résonance avec ce mythe, nous nous libérons de forces inconscientes et archaïques dont nous sommes le jouet. Il nous offre des clés de compréhension sur nous-mêmes et sur les autres. 

" Je suis la Nature, Mère des choses, Maîtresse de tous les éléments, Origine et Principe des siècles, Divinité Suprême, Reine des Mânes, première entre les habitants du ciel, Type uniforme des dieux et des déesses. C'est moi dont la volonté gouverne les voûtes lumineuses du ciel, les souffles salubres de l'océan, le silence lugubre des enfers au sein de la Terre. Puissance Unique, je suis, par l'univers entier, adorée sous plusieurs formes, possédant plusieurs appellations avec des cérémonies diverses ! Les Phrygiens, premiers nés historiques sur la terre, m'appelle la Déesse-Mère de Pessimonte ; les Athéniens autochtones me nomment Minerve la Crécopienne ; chez les habitants de l'île de Chypre, je suis Vénus de Paphos ; chez les Crétois armés de l'arc, je suis Diane Dictynna ; chez les Siliciens qui parlent trois langues, Proserpine la Stygienne ; chez les habitants d'Éleusis, l'antique Cérès ; les uns m'appellent Junon, d'autres Bellone, d'autres encore, la Déesse de Rahmonte. Mais ceux qui les premiers sont éclairés par les rayons du soleil naissant, les peuples de l'Éthiopie, de l'Asie, et les Égyptiens, puissants par leur antique savoir, ceux-là me rendent mon véritable culte et m'appelle de mon vrai nom : LA REINE ISIS. "

Apulée, auteur romain au II° siècle des " Métamorphoses ", ouvrage également connu sous le titre " L'Âne d'or " (Asinus aureus)

Dans la mythologie d'Héliopolis, les dieux naissent deux par deux, ou plutôt quatre par quatre, à partir d'Atoum l'espace créateur. Quatre par quatre, parce qu'à chaque couple divin plutôt lumineux et bienfaisant, ici Isis (+) et Osiris (+), va correspondre un second couple plutôt sombre, voire malfaisant, par exemple Nephtys (-) et Seth (-). Les uns personnifient les forces de régénération dans la nature et la psyché, les autres en incarnent les aspects de déclin ou de chaos. Ici, à l'inverse du mythe fondateur biblique, le mal est d'emblée perçu comme une propriété des dieux, un aspect des archétypes et non pas, comme dans la Genèse, le résultat d'une « faute » humaine... voire féminine.

A l'intérieur de cette fratrie, entité parfaite, il va se jouer des combats et des trahisons afin de ramener l'équilibre, la complétude entre l'ombre et la lumière. Cette épopée exprime l'alchimie sur les blessures de chacun, à travers le jeu des émotions en renouant avec toutes les parties de nous-mêmes : le parcours initiatique du Féminin et Masculin sacré.

Isis et Osiris sont mère et fils, dit la légende, mais aussi frères jumeaux. Avant même de naître, Osiris et Isis, amoureux l'un de l'autre, auraient conçu Horus l'Ancien dans le sein de leur mère. Osiris devenu roi parcourt la terre, édicte des lois et répand partout la civilisation. Il enseigne aux humains les rudiments de l'agriculture et de la pêche, tandis qu'Isis leur apprrend le tissage et la médecine. Pendant ce temps, Seth régne sur les contrées désertiques et hostiles ainsi que sur les terres étrangères. Jaloux de son frère, Seth projette l'assassinat d'Osiris pour s'emparer du trône d'Égypte qu'il convoite. 

Pendant un banquet en l'honneur d'Osiris, Seth offrit à l'assistance un magnifique coffre, jurant de le céder à celui qui l'emplirait parfaitement en s'y allongeant. Aucun de ceux qui tentèrent l'exploit ne parvinrent à remporter le coffre. Quand vint le tour d'Osiris, qui fut le seul à y parvenir, Seth fit refermer et sceller le coffre, tandis que ses complices chassaient les invités et tenaient Isis à l'écart... Seth jeta le coffre dans le Nil, qui l'emporta dans la mer Méditerranée. 

Osiris noyé, Seth profita du meurtre pour asseoir sa domination sur l'Égypte. Isis, la veuve éplorée, rechercha alors à travers toute l'Égypte le corps de son mari et le retrouva à Byblos, au Liban. Elle ramena la dépouille du roi assassiné en Égypte et se réfugia dans les marais du delta du Nil. 

Au cours d'une chasse nocturne dans les marécages, Seth retrouva le corps haï de son frère. Il entra dans une rage folle et découpa le défunt en quatorze morceaux qu'il dispersa dans toute l'Égypte. 

Aidé de quelques fidèles dont Thot, Nephtys et Anubis, Isis retrouva les parties du dieu, hormis son pénis avalé par le poisson oxyrhynque. Après en avoir reconstitué le corps, elle procéda à son embaumement avec l'aide d'Anubis en l'enveloppant dans des bandelettes de lin. Le corps du dieu restant inerte, avec l'aide de sa sœur Nephtys, Isis bat des ailes en poussant des cris stridents pour insuffler la vie à Osiris grâce à ses pouvoirs magiques. 

Ranimé, Osiris ne revient pas sur terre, mais règne désormais sur le royaume des morts. Ainsi, la renaissance d'Osiris annonce toutes les formes de renouveau possibles, que ce soit dans la végétation ou chez les humains. Transformée en milan, Isis peut être fécondée. De cette union naît Horus l'Enfant (Harpocrate), qu'elle cacha dans les fourrés de papyrus du delta pour le protéger de son oncle Seth.

Pour venger la mort de son père, Horus affronte son oncle Seth. Après moult péripéties, il gagne le combat et reçoit le trône d'Égypte en héritage. La vaillance et la fidélité familiale d'Horus font de ce dieu l'archétype du pharaon. Cependant, sa légitimité est sans cesse contestée par Seth. Lors d'un combat qui l'oppose à son rival, Horus perd son œil gauche, qui est reconstitué par Thot. Appelé Oudjat ou œil d'Horus, cet œil, que les Égyptiens ont porté sur eux sous forme d'amulette, possède des vertus magiques et prophylactiques. Cet œil gauche reconstitué morceau par morceau par Thot représente la lune qui jour après jour s'accroît. À l'opposé de Seth, qui représente la violence et le chaos, Horus pour sa part incarne l'ordre et, tout comme pharaon, il est l'un des garants de l'harmonie universelle.

Parmi diverses significations (fertilité, cycle annuel des saisons), le mythe d'Isis et d'Osiris, évoque surtout le cheminement de l'être humain vers la conscience, afin de donner par le choix de la voie du milieu naissance à Horus. Il informe de notre finitude, celle du corps de chair (démembrement d'Osiris par son double ténébreux, son frère Seth), pour mieux renaître dans un état de conscience supérieur - la supraconscience, celle de son âme - à notre évolution vers la vie éternelle. Il nécessite pour ce faire de réaliser l'union de tout ce qui nous divise, les polarités électriques (masculin, positif, " bien "...) et les polarités magnétiques (féminin, négatif, " mal "). Horus consacre le cycle alchimique de la vie intérieure, de la mort de l'égo-mental et de la renaissance (la résurrection) de Qui Nous Sommes vraiment. Les épreuves rencontrées (confrontation avec Seth), sont pour le bien de notre évolution, pouvant être transcendées par les dons et talents qui nous ont été octroyés. 

Les forces de la sexualité, de la mort et de la pensée y sont étroitement entremêlées, les deux premières nourrissant la troisième. Celle-ci (la pensée) peut alors les " manipuler " (sexualité et mort) pour atteindre des états de conscience supérieurs.

Les éléments qui construisent un mythe, en dépit de l'inversion du sens dont il est porteur, jouent un rôle important dans l'acquisition de la Connaissance. Ainsi le mythe d'Osiris, dont la vocation pédagogique découle du schéma qu'il imprime à l'envers dans la psyché humaine, se réactive à chaque fois que celle-ci plonge dans l'expérience. Nous avons comme Osiris à expérimenter la Chute dans la matière, en étant " démembré " jusqu'à en perdre notre attribut sexuel. Cette perte évoque le dépassement possible de notre sexualité programmée, en effectuant tout le processus de régénération, nous " re-générer ", afin d'être capables par la transmutation alchimique de nos polarités masculine et féminine de ré-enfanter un nouveau "nous-même" doté d'une nouvelle conscience. Elle conduit à être cet individu, ce Moi, qui parvient à voir sa filiation avec le péché originel sans cesse reconduite par la procréation biologique et à s'en détacher. Elle permet de mettre un terme à l'un des programmes-illusions, qui consiste à faire des humains au lieu de réaliser l'Humain.

La question de la sexualité une porte d'entrée vers une transformation intérieure.

Les quatorze morceaux éparpillés d'Osiris terrassé par Seth sont retrouvés par son épouse Isis, à l'exception du phallus. Le message est clair : seul le féminin sacré en soi (Isis) permet de reconstituer la fragmentation de notre âme en alter au cours de ses différentes expérimentations de la matière, en acceptant toutes les polarités du masculin (Osiris + et Seth -). La Déesse Isis, symbole du Féminin Sacré, va parcourir les eaux du Nil à la recherche de son cher époux, incarnant ainsi le travail sacré que nous avons à réaliser pour accueillir et traverser nos émotions, nos traumatismes, nos blessures. Tout comme Isis, lors de notre exploration intérieure nous avons à trouver los outils spirituels nous permettant de plonger en nous-mêmes. La déesse connue pour être la déesse de la Lune ne va retrouver que 13 parties d'Osiris incarnant ainsi le pouvoir du cycle créatif, les 13 lunes. D'autre part, elle fera preuve de persévérance, de patience et de détermination pour réaliser la transmutation alchimique des polarités pour engendrer une nouvelle conscience.

Nous rencontrons le même défi intérieur que la Déesse, nous aurons à rechercher noss parties souffrantes et éparpillées. En se laissant le temps nécessaire pour écouter toutes les parties de nous que nous avons tu, par exemple en donnant le pouvoir à l'autre de décider à notre place, en n'écoutant pas la voie de notre cœur, en étant celui ou celle qui ne déplait pas. En renouant avec notre pouvoir de transformer, de créer et d'aimer inconditionnellement nous révèlerons notre souveraineté personnelle.

A chaque occasion de la vie, nous pouvons reconnaître notre essence féminine, en plongeant un peu plus dans ses profondeurs, en respectant alors nos envies, nos rythme, nos besoins et nos aspirations. Nous pouvons manifester notre capacité à être à notre juste place, à poser nos limites, à affirmer nos droits dans la force calme et douce, Grâce du Féminin Sacré résidant en chacun de nous!



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